Est-ce que mettre de l'IA dans mon entreprise va me faire supprimer des postes ?
Le vendredi après-midi, quelqu'un ouvre deux onglets et recopie des chiffres de l'un vers l'autre pendant une heure et demie. C'est presque toujours par là que commence un chantier d'automatisation, et c'est rarement un poste entier : c'est un bout de poste, celui que la personne concernée décrit elle-même comme la partie idiote de sa semaine. La position de Paul Larmaraud est que la question de la suppression arrive dans le désordre. Un dirigeant qui n'a pas encore vu ce que sa première automatisation retire exactement décide dans le vide, puisqu'il ignore ce qu'il est en train de retirer à quelqu'un. Le chiffrage des effectifs vient après ce constat, jamais avant.
Que disent vraiment les études de 2026 sur l'emploi dans les entreprises qui adoptent l'IA ?
Deux travaux sérieux sont sortis cette année et vont dans le même sens. Une note de la Réserve fédérale américaine publiée le 27 mars 2026 par Jessica Liu et Douglas Webber, portant sur les offres d'emploi de septembre 2023 à novembre 2025, ne trouve aucune baisse d'annonces dans les secteurs et les entreprises qui adoptent le plus l'IA. Une analyse conduite par Ramp et Revelio Labs sur 21 559 entreprises américaines mesure, chez les adopteurs les plus intensifs, une croissance de 10,2 % des effectifs de cols blancs dans les deux ans qui suivent l'adoption, et 12 % d'embauches supplémentaires sur les postes débutants. Le détail qui compte est que les adopteurs légers, eux, ne montrent aucun écart statistiquement significatif : l'effet mesuré appartient entièrement aux entreprises qui ont dépensé le plus, il ne décrit pas l'adoption de l'IA en général.
Ces chiffres suffisent-ils à rassurer un dirigeant de PME française ?
Non, et il faut le dire franchement plutôt que de brandir ces études comme une garantie. Elles portent sur des entreprises américaines, mesurent des effectifs agrégés, et ne suivent que des postes de cols blancs. Leurs auteurs refusent tous les deux d'y lire un lien de cause à effet, et l'économiste de Ramp reconnaît lui-même que les entreprises qui adoptent l'IA grandissaient déjà plus vite que les autres. Ce que ces travaux établissent, c'est qu'une vague de licenciements imputable à l'IA ne se voit pas dans les données à ce jour, ce qui reste une information utile quand la conversation publique affirme l'inverse. Ce qu'ils ne disent pas, c'est ce qui se passera dans une entreprise de trente personnes où deux salariés portent l'essentiel de la saisie. Cette question-là ne se règle que par l'inventaire des tâches réelles de ces deux personnes.
Qu'est-ce qui disparaît réellement quand on automatise une tâche ?
La part de la tâche où personne ne décide rien. La ligne de coupe que Paul Larmaraud utilise est toujours la même : la machine prend ce qui n'engage pas l'entreprise, et il garde à un humain, par choix de méthode et non par limite technique, tout ce qui l'engage vraiment, un prix, un envoi vers l'extérieur, une promesse faite à un client. Cette ligne a une conséquence que les dirigeants voient rarement venir : elle passe au milieu d'un poste et non autour, ce qui rend du temps à la personne qui faisait la tâche au lieu de la sortir de l'organigramme. Rares sont ceux qui regrettent la partie déléguée, mais elle ne représentait jamais l'intégralité de leur métier. Décider ensuite de supprimer un poste reste une décision de dirigeant, prise pour ses propres raisons, et l'automatisation ne la prend à personne.
Comment savoir, chez soi, si un poste est menacé ou seulement allégé ?
Prenez une semaine ordinaire et écrivez, pour chaque personne de l'équipe concernée, les tâches récurrentes avec le temps qu'elles prennent réellement. Marquez ensuite d'une croix celles où la personne prend une décision que l'entreprise assume, et laissez sans croix celles qui consistent à déplacer de l'information d'un endroit à un autre. Si les tâches sans croix occupent toute la semaine d'un salarié, la question se pose sérieusement et vous le saurez avant de signer quoi que ce soit. Si elles en occupent trois heures, vous venez de trouver votre premier chantier et personne n'est en danger. L'ordre de grandeur se calcule : une heure et demie par semaine fait une soixantaine d'heures sur quarante semaines, à multiplier par le coût horaire chargé que vous êtes seul à connaître. Cet inventaire demande un tableur et une heure de calme, sans rien acheter ni appeler personne.
Faut-il prévenir la personne qui fait la tâche avant de l'automatiser ?
Avant, et pour une raison qui n'a rien de diplomatique : elle est la seule à connaître les exceptions. Une automatisation construite dans son dos casse au premier cas particulier que personne n'avait documenté, et le dirigeant découvre trois semaines plus tard qu'une règle de facturation appliquée depuis des années n'était écrite nulle part. Paul Larmaraud a vu davantage de chantiers échouer sur cette ignorance des cas limites que sur la technique. La personne qui décrit la tâche devient de fait la première utilisatrice du système, et elle sait dire dès la deuxième semaine si le résultat tient ou non.
Par où commencer quand on veut trancher cette question pour de bon ?
Par un examen offert de 15 minutes, qui sert à regarder l'inventaire décrit plus haut et à dire lequel des chantiers rapporte le plus vite. Une restitution de 30 minutes permet ensuite de reprendre les constats ensemble. La construction, quand il y a lieu, est un accompagnement individuel de 10 heures étalées sur 2 mois, dès 3 200 € HT, où le dirigeant construit lui-même l'automatisme sur ses propres données et repart capable de le modifier sans revenir demander. Le système tourne dans les outils du client ; le code, les données et la documentation lui appartiennent, et son équipe le fait tourner avec la méthode apprise. Candidature : https://cal.com/paul-larmaraud/audit.